17/11/2008

POUR UNE RELANCE ALTERMONDIALISTE SOCIALE ET ECOLOGIQUE

SUR LA CRISE ECONOMIQUE MONDIALE :

POUR UNE RELANCE ALTERMONDIALISTE, SOCIALE ET ECOLOGIQUE

A TOUS LES NIVEAUX

PAR DOMI TADDEI

 

 

Résumé 

 

Le pire de 1929 sera sans doute évité : nous sommes en 1933. Le pire de la décennie suivante doit aussi être évité : il y va de la démocratie et de la paix dans le monde. Pour cela, il faut prendre en compte ce qui a réussi au milieu des années 30 et à Bretton Woods en 1944 et les dépasser pour assumer les exigences altermondialistes, sociales et écologiques de notre temps.

 

A cette fin, il faut tout à la fois mettre en œuvre un plan de relance de la demande mondiale, sociale et écologique et refonder le système financier et monétaire mondial ; pour financer l’ensemble, il faut à la fois recourir à une fiscalité réellement redistributrice et à la création monétaire.

 

 

Le pire de 1929 a été évité 

 

On doit et on peut sauver d’urgence le système bancaire : l’effondrement en chaîne de toute l’économie avec ses drames sociaux et ses métastases d’extrême droite est au coin de la rue. En même temps que cela, le moins qu’on puisse attendre des gouvernements qui, partout dans le monde, tentent d’assurer ce sauvetage, c’est qu’ils mettent en place toutes les mesures de contrôle et de régulation pour que cela ne puisse plus se reproduire. Ils prétendent vouloir le faire ; le mouvement social doit les harceler pour qu’ils tiennent parole, en s’appuyant sur le nouveau rapport de force qui s’est brutalement établi. Pendant de longues années et peut être des décennies, tous les investisseurs potentiels ne risqueront à nouveau leur argent que s’ils ont la quasi-certitude de ne pas mettre leur épargne dans des « affaires » dopées par la spéculation : pression de l’opinion publique et bon sens économique sont désormais alliés contre toutes les aventures et les féodalités financières. Cet assainissement drastique des mœurs de la finance est la première condition pour que l’offre de crédit puisse être restaurée. Mais désormais, c’est la demande de crédit qui menace de s’effondrer. Or, il est plus facile d’empêcher un âne de boire que de le forcer !

 

Nous sommes en 1933 

 

La question essentielle n’est pas celle de la récession, phénomène cyclique transitoire. C’est celle de la dépression et de la déflation. Autrement dit, personne ne sait jusqu’où l’économie productive va chuter, mais surtout personne ne peut prétendre sérieusement qu’elle pourra redémarrer d’elle-même[1] : dans les années 30, il fallut une seconde guerre mondiale ; au Japon, à partir de la crise financière de la fin des années 80, plus de dix ans et, encore la croissance n’est elle timidement repartie, que parce que le reste de l’Asie et du monde connaissait une forte croissance.

 

Un plan de relance social et écologique

 

Pendant que s’ouvre, à partir de la première réunion du G20, la nécessaire négociation pour un nouveau système économique et financier, la première urgence est la relance de la demande, partout dans le monde. Il ne s’agit plus de sauver seulement les banques, mais l’ensemble de l’activité économique. L’urgence est désormais admise et commence (depuis début novembre) à être mise en œuvre (USA, Chine, Allemagne, Russie, Royaume Uni, pays pétroliers[2]), mais elle pose trois questions essentielles :

 

* la première est celle que ces relances soient aussi coopératives que possible. A tout le moins, elles doivent absolument éviter, à la différence des années 30, de chercher à repasser le mistigri de la crise au reste du monde. Il est légitime de vouloir protéger les producteurs nationaux, quand ils produisent pour le marché intérieur (en raisonnant à l’échelle continentale), mais il est inadmissible de continuer à les subventionner quand ils exportent et tentent de prendre des parts de marché à leurs concurrents. Ceci signifie le caractère prioritaire d’un système mondial multipolaire, où l’OMC et le FMI, réformés et soumis à la charte des Nations Unies interdiraient, pour la première, toute forme d’aide aux exportations et, pour le second, toute manipulation de changes, par une intervention conjointe avec les pays dont la monnaie se réévalue[3].

 

* La deuxième question, est celle de la nature de ces politiques de relance. C’est ici que les choix politiques font toute la différence ; la droite préférera les dépenses militaires et sécuritaires. Or, cette relance ne pourra trouver la base citoyenne nécessaire pour rétablir la confiance sans laquelle les dépenses privées ne repartiront pas, que si elles correspondent aux aspirations du plus grand nombre, c'est-à-dire que si elles répondent aux urgences sociales et écologiques incontestables. Ceci peut revêtir un caractère différent suivant les continents et les pays – en France, il faudrait commencer par le relèvement des minima sociaux (pour la même somme, ce sont par nécessité leurs prestataires qui dépensent le plus et le plus vite) ; la construction de logements sociaux et des mesures drastiques d’économies d’énergie, qui anticipe sur l’après Kyoto ; les dépenses de santé, d’éducation et de recherche  -, à la condition qu’ils agissent de manière complémentaire.

 

Le financement d’une relance de la demande mondiale

 

* La troisième question est celle de son financement. Pour atteindre sa pleine efficacité, il doit être à la fois budgétaire et monétaire.

 

- Sur le plan budgétaire, la suppression de tous les allègements et exonérations consentis depuis 10 ans aux 5% les plus aisés de la population doit être immédiat : 5% est évidemment un pourcentage arbitraire, mais qui a été validé, après un grand débat démocratique, par la majorité de la population dans le plus puissant pays du monde. Le retour à une fiscalité rigoureuse (excluant toute forme de « niche », qu’il faut laisser aux chiens) en faveur de l’impôt progressif  et de droits de succession, réduisant dans le même temps les cotisations salariales et les plus injustes des impôts locaux, doit compléter ce retour à un système authentiquement redistributif.

 

Ceci suppose notamment qu’en Europe, on commence par constater honnêtement que, compte tenu des circonstances évidemment exceptionnelles d’ailleurs prévues par le texte, le pacte de stabilité est caduc : on  pourra d’ailleurs négocier un nouveau Pacte de coopération économique et social (PACES), soumis à la délibération de l’ensemble des citoyens, comme le demande le collectif des associations du GH, puis à l’approbation de l’ensemble des électeurs européens, lors du renouvellement du Parlement[4].

 

- Sur le plan monétaire, la question est très simple pour l’ensemble des pays qui ont accumulé des masses d’exo-dollars. Elle l’est tout autant pour les USA, qui profitant, au moins encore pour un temps, du privilège de monnaie de référence du dollar, vont se permettre un déficit d’au moins 8% de leur budget et se dirigent vers un taux d’endettement de 100%[5].

 

A la vérité, la question ne se pose que pour l’Europe et l’ensemble des pays hors G 20. Pour la première, un plan massif d’emprunts de la Banque Européenne d’Investissement, libellé en euros, doit venir financer l’ensemble des pays les moins avancés de la zone, les autres pays, dont la France, par le truchement de la Caisse des Dépôts, empruntant pour leur propre compte. Pour l’ensemble des autres pays du monde, avec leurs gigantesques besoins dans les domaines alimentaires, sanitaires, écologiques, d’infrastructures, d’éducation, etc., la création des moyens de financement ne peut être mise en œuvre que par un FMI, complètement transformé[6].

 

En fait, l’instrument existe – les droits de tirage spéciaux, inventés au tournant des années 70 pour faire face aux besoins de l’administration Nixon – et il peut être mis en œuvre du jour au lendemain par simple décision du conseil d’administration, comme l’avait proposé le prix Nobel J. Stiglitz au lendemain du 11 septembre. Ces DTS devraient être mis à la disposition des banques régionales de développement, avec la participation active, aux côtés des gouvernements nationaux de l’ensemble des sociétés civiles et des ONG concernés, afin de minimiser les risques de mal gouvernance et de corruption.

 

On objectera que tout cela est terriblement inflationniste. La double réplique va pourtant de soi : premièrement, si nous sommes en 1933, du fait des politiques néolibérales et monétaristes, l’inflation potentielle est moins grave que la déflation effective ; deuxièmement, l’effet de relance doit être transitoire : dès lors que l’économie réelle commencera à se rapprocher de son potentiel de production, le mix de politique budgétaire et monétaire devra être plus équilibré, et il suffira alors que la masse salariale revienne à son pourcentage des années 70 et qu’ensuite le pouvoir d’achat des salaires progresse au rythme des gains de productivité. Bien entendu, le nouveau système économique et financier mis en place, en réponse à cette grande crise de l’impérialisme , doit être pérenne au plan mondial.

 

En réalité, plus qu’une question théorique ou technique, c’est la question géopolitique de la composition du FMI, qui est désormais prioritaire. La première réunion du G20 a admis cette nécessité. Il faut aller désormais plus loin, en intégrant l’ensemble des instituions économique mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE,…) dans le système des Nations Unies, lui-même rénové, et le respect scrupuleux de sa charte.

 

La balle est donc précisément dans le camp de la prochaine administration Obama. Pendant quelques semaines, le magnifique symbole qu’a représenté son élection peut lui permettre d’imposer à l’opinion et surtout à l’establishment américains, ce que n’a jamais fait dans l’histoire un pouvoir hégémonique, accepter de passer pacifiquement d’un leadership à un partnership. Formidable bond en avant de l’humanité ou retour à la banalité belliciste : les africains n’auraient finalement eu pour seule satisfaction que la réussite d’un de leurs émigrés de la deuxième génération.

 

Pour mener à bien, une telle stratégie de transformation mondiale, le temps est venu de constituer un large front progressiste mondial, capable de réussir là où les fronts populaires d’antan échouèrent.  

 

Domi Taddei

 

Relayé par :  -coordination gauche Alternative du Hainaut,

-       Le « réseau RPW »  (6 blogs)

 



[1] Les modèles de prévision demeurent corrects dans leurs structures, mais les paramètres chiffrés qu’ils utilisent sont obsolètes, puisqu’ils sont calculés sur la moyenne des résultats antérieurement observés, qui correspondent à des comportements collectifs qui ont qualitativement changé : en particulier, l’aversion pour le risque a augmenté brutalement et durablement. Ce changement n’est pas de degré, mais de nature. Il représente une non linéarité sytémique, dont ne peuvent rendre compte des modèles, linéaires par construction ; en termes imagés, les animal spirits ont fait un virage à 180 degrés.

[2] C’est à cette aune que l’imposture des discours de Sarkosy et de Barroso éclate : ils prétendent donner des leçons au reste du monde, mais soutiennent dans les faits des budgets de rigueur ! 

[3] Rappelons que si un pays est limité par le montant de ses réserves de change, quand sa monnaie se dévalue, il dispose de moyens illimités quand cette monnaie est très demandée : de nos jours, la « planche à billets » est électronique et il suffit d’un clic (c'est-à-dire d’une volonté politique) pour refuser sa réévaluation, et par là-même le danger de dumping monétaire, qui est le pire de tous puisqu’il peut atteindre des pourcentages quasi illimités en quelques jours.

[4] Sur le contenu possible d’un tel PACES, cf. l’avis adopté par le Conseil Economique et Sociale en 2003

[5] Il est formidablement comique de voir que ces mesures se préparent à Chicago à quelques centaines de yards du plus grand rassemblement au monde de Prix Nobel, tous plus monétaristes les uns que les autres. Ayant moins d’humour, nous autres en France, quand on voulait mettre fin à l’Ancien Régime, on ramenait Louis XVI de Versailles à Paris !

[6] Comme pour l’ensemble des autres institutions internationales, si on en conserve les sigles, c’est par simple commodité, parce qu’on doit montrer que l’avenir est à une coopération multipolaire et non aux replis souverainistes et parce qu’on doit pouvoir atteindre plus vite ainsi les but recherchés qu’en repartant de zéro.

16:25 Écrit par chris dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/11/2008

A QUI DE PAYER LA NOTE

"Les camarades de la "Coordination Gauche Alternative du Hainaut (ndlr.Hainaut français), publient les textes ci-après adapté à propos de la crise économique et financière en cours de déroulement.
Nous ne pouvons que soutenir ce shéma de propositions qui vise à replacer l'homme et notre société humaine à une place où le respect de l'être humain, et de ses activités sont nettement mieux garanti, et où de nouvelles responsabilités de gestion planifiée lui sont confiées. La société du FRIC tout puissant doit cesser, à nous de le proposer, à nous de l'organiser.
Merci donc pour ce texte, merci pour cette contribution essentielle, à un moment où nos institutions Wallonnes et Européennes vont évoluer, nous avons de solides propositions à avancer face aux conservateurs ultralibéraux et leurs collaborateurs de classe que sont les sociaux "dit" démocrates. Les voici ci dessous énoncées, merci de bien les analyser pour mieux encore, avec nous les soutenir et proposer."

 


 
Crise économique : le système capitaliste explose, changeons de système ; ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise.

 

 

Quand la Bourse allait bien…

 

Pendant des années de spéculation effrénée, le marché avait raison, c’était la loi suprême mise en avant par nos gouvernements de droite comme de gauche et par l’Union Européenne, jusqu’à l’écrire dans le projet de Constitution européenne et dans l’actuel Traité de Lisbonne, malgré les refus massifs des peuples consultés.

Pendant ces 20 dernières années, la part des profits dans la richesse produite a augmenté de dix points de PIB (180 milliards) au détriment des salaires. Nos gouvernements nous ont répété qu’il n’y avait pas d’argent pour augmenter les salaires, revaloriser les minima sociaux, garantir les retraites, développer les services publics et répondre aux besoins sociaux.

 

Quand la Bourse s’effondre…

 

D’un seul coup, le système capitaliste reposant sur la suprématie absolue de la finance explose, avec les faillites en cascade et le rachat des banques et fonds d’investissement par les gouvernements, américain d’abord, et maintenant européens : d’un seul coup, de l’argent, il y en a, jusqu’à 700 milliards aux Etats-Unis, pris dans les poches des contribuables (alors que quelques milliards de dollars suffiraient à assurer l’accès de tous à l’eau et aux moyens de base d’existence).

Combien en faudra-t-il en France ? Qui va payer ?

 

Ce n’est pas à nous de payer pour LEUR CRISE !

 

Pour nous, il ne s’agit pas replâtrer le système sur le dos des contribuables ! Ce système qui mène la planète à l’abîme, qui ne fait que développer les inégalités, les émeutes de la faim, la misère des uns alors que les profits des autres sont faramineux, ce système a fait la preuve de son incapacité à répondre à nos besoins, aux urgences sociale et écologique de la planète !

 

IL FAUT CHANGER DE SYSTEME !!!

 

La transformation sociale et écologique est une nécessité impérieuse, elle est à notre portée (ex de l’Amérique Latine) : imposons la !

Sur la crise financière, nous avons des propositions alternatives :

- Arrêter toutes les privatisations et renationaliser les services publics privatisés; l’eau, l’air, les ressources non renouvelables doivent être traités comme biens publics inaliénables, non privatisables, gérés publiquement et démocratiquement

- Créer un « bouclier social » par le maintien et l’augmentation des salaires et minima sociaux, afin que la part de richesses qui va aux travailleurs soit proportionnelle aux gains de productivité ; arrêt des expulsions locatives, moratoire sur les loyers et prêts relais, extension de l’assurance chômage (sécurité sociale professionnelle)

- Créer un pôle public bancaire et monétaire, supprimer les paradis fiscaux, interdire la spéculation sur les produits agricoles et matières premières

Plus généralement, nous sommes, par exemple en France, pour la constitution d’un pôle financier public qui apportera une contribution majeure au financement et à la réorientation du crédit vers les activités socialement utiles. Il devra être au minimum constitué de la Banque de France, de la Caisse des dépôts et consignations, du Groupe Caisses d’épargne, du Crédit foncier, de la Banque postale, d’OSEO (financement des PME), d’UBI-France (aide aux entreprises sur les marchés étrangers), de la COFACE (Assurances crédit et investissement domestiques et internationales, gestion de créances, prospection et information commerciale), de la CNP (qui devra redevenir le service public « témoin » du marché de l’assurance de personnes) et de l’AFD (l’Agence française de développement est au cœur du dispositif français de l’aide publique en faveur des pays pauvres. Sa mission : participer au financement du développement.). Ces réformes urgentes serviront ainsi d’exemple aux autres Etats Européens, en matière de gestion financière saine et d’intérêt social général.

-         Au niveau de l’agriculture, ce pôle public bancaire devrait aussi favoriser des coopératives de type nouveau, la constitution de circuits courts pour lutter contre la désertification rurale et la mainmise des concentrations capitalistiques de l’agro-alimentaire, le financement des AMAP, les projets se référant au concept « produire local pour consommer local », le soutien à l’agriculture biologique. L’orientation de l’alimentation collective (cantines scolaires et autres) devrait tendre à promouvoir ces circuits courts et l’agriculture biologique.

-      Le tout ayant pour objet une nourriture saine et tout en  maintenant des emplois locaux.

- Redéfinir les institutions financières internationales afin de permettre la stabilité financière, des mécanismes redistributifs des richesses, et l’annulation de la dette du Tiers-Monde. Au minimum, ces institutions devraient être de type G20 augmenté d’une représentation de l’ONU et des forums sociaux mondiaux

- Rappelons brièvement que, très récemment, au moment des émeutes de la faim, le Docteur Jacques Diouf, prêchait dans le désert pour obtenir 30 milliards dollars pour les plus pauvres de notre monde.  Jacques Diouf est le directeur général de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, (FAO) et, ces 30 milliards, nos dirigeants mondiaux ne les lui ont pas donnés. Aujourd’hui, ils osent donner des milliers de milliards de dollars aux spéculateurs !

- Mettre en place au niveau international trois types de taxes : sur l’ensemble des transactions financières ; sur les profits des multinationales ; sur les émissions de carbone et les déchets nucléaires. Taxer les dividendes à 50%

- Développer des travaux d’intérêt général tels que les infrastructures de transports en commun, l’isolation des bâtiments et l’habitat écologique, les énergies renouvelables.

 

09:49 Écrit par chris dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |