25/02/2008

ENCORE UN MILITANT WALLON QUI VA DANS LE BON SENS

wallon todi libertécoqhardi

Le Soir – 19/02/08 - Carte blanche

 

Bye Bye Wallonie ?

 

Jean-Claude Vandermeeren Secrétaire général de la FGTB wallonne, membre du groupe Wallonie-Bruxelles (1)

 

Le 13 décembre 2006, à une heure de grande écoute, la RTBF diffusait une oeuvre de fiction réalisée et interprétée - dans leur propre rôle - par des journalistes  « maison », avec la participation exceptionnelle de quelques acteurs politiques, du reste pas tous fréquentables.

 

Cette date doit rester gravée comme un moment charnière de l'histoire nationale tant le téléfilm de Philippe Dutilleul a suscité l'émoi. Il s'apparente ainsi à La Muette de Portici, l'opéra d'Auber représenté à La Monnaie pour le 59e anniversaire de Guillaume d'Orange contre qui se seraient levés des spectateurs bruxellois au moment de l'air « Amour sacré de la patrie ». Ils donnaient ainsi le signal du soulèvement qui mènera à l'indépendance de la Belgique. Le téléfilm ertébéen, 176 ans plus tard, met en scène de semblables réactions. Cette fois-ci totalement virtuelles !

 

Et pourtant, le trouble que suscita cette diffusion fut si profond que l'oeuvre  elle-même mériterait d'être mieux analysée. Il révélait un attachement jusque-là insoupçonné d'autant de Wallons et de Bruxellois à l'unité du pays.

 

L'ampleur de cette émotion était relativement peu prévisible compte tenu de l'expression répétée des urnes en Flandre qui conduit ce « néobelgicanisme » dans une impasse politique.

 

De la même façon, les funérailles de Baudouin à l'été 1993 avaient surpris par la traduction inattendue d'un engouement médiatique ou populaire pour la monarchie.

 

A treize années d'intervalle, ces « événements » de nature différente ont dans tous les cas traduit une profonde transformation de la sociologie wallonne marquée au lendemain de la guerre par les questions « royale », « scolaire » et sociale avec la grande grève de l'hiver 60. Cette mutation apparaît si radicale qu'on peut se demander si le 13 décembre ce n'est pas moins la fin de l'Etat belge qu'aurait annoncé la RTBF que l'évaporation  d'une identité wallonne.

 

La Wallonie apparaît aujourd'hui orpheline d'un projet qui la distingue. Sa classe politique a pour ambition majeure (et légitime !) de rattraper son retard de développement dans un cadre en extinction : la Belgique fédérale.

 

Ce programme se révèle dans une approche régionale très économétrique qui ne constitue pas un projet identitaire particulièrement « sexy ». Comparez-le, par exemple, à la puissante affirmation selon laquelle « sont Wallons les gens de Wallonie » ! Cette définition qui fut, à l'antipode de toute tentation nationaliste, un étendard pour des régionalistes aujourd'hui volontiers  « ringardisés ».

 

Dans la bouche des responsables politiques qui en émanent, la Wallonie semble éteinte. Morte ? Ils lui ont substitué un concept hérité, celui d'une langue maternelle. Nous ne serions plus que francophone ?Et pour comble, s'affirmer sans complexe Wallon résonnerait aujourd'hui comme une rupture de solidarité, comme un repli, un égoïsme ?

 

La note récemment déposée et présentée au groupe « Busquin-Spaak » (NDLR : groupe Wallonie-Bruxelles) par le professeur de droit constitutionnel de l'ULB, Marc Uyttendaele, s'inscrit dans cette évolution (Le Soir du 30 janvier). Bien sûr reconnaît-elle encore la force de l'identité régionale, qu'elle soit bruxelloise ou wallonne. Mais dans la nouvelle architecture institutionnelle qu'il défend, c'est la Wallonie qui disparaîtrait comme autorité fédérée sur l'autel de la simplification du paysage. Bien sûr se verrait-elle garantir une « autonomie clairement affirmée » mais dans le cadre d'une « autorité de Wallonie et de Bruxelles ». Ainsi la Wallonie n'existerait-elle plus que par soustraction.

 

La réflexion d'Uyttendaele a le mérite de mettre le doigt sur l'obsolescence du concept de communauté et de proposer la régionalisation totale des matières personnalisables.


Soit. Mais maintenir une structure avec un parlement de 94 membres et un gouvernement de combien de ministres pour gérer  l'enseignement et la culture, est-ce bien raisonnable ?

 


Le professeur fonde son argumentation sur le souci pour les francophones de « s'exprimer d'une seule voix dans le dialogue avec les Flamands ».
Mais c'est malheureusement déjà le cas !

 

 

Les Wallons et les Bruxellois, en défendant un fédéralisme construit au départ des Régions, gagneraient à voir leurs intérêts défendus dans une négociation à trois plutôt que dans un dialogue de communauté à communauté. Et la nécessaire solidarité gagnerait à s'exprimer dans le respect de chacun.

 

Me Uyttendaele défend au contraire un concept sympathique de « citoyenneté culturelle » qui serait en réalité le trait d'union entre ces francophones. Cette fausse « bonne idée » - outre l'ambiguïté même d'une citoyenneté extraterritoriale et désarticulée de toute géographie - a pour conséquence de continuer à priver la Wallonie d'un enseignement ancré sur ses réalités économiques, sur son histoire sociale et sur un projet d'avenir propre. Ainsi que d'une culture enracinée de la même manière.

 Quelle solidarité garantirait ce prix exorbitant dès lors que la Wallonie doit pouvoir gérer ces compétences mal logées à la Communauté, simplement pour consolider et asseoir son propre développement ? 

14:22 Écrit par chris dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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