25/09/2007

VIVE LA REPUBLIQUE

Ce dimanche 23 septembre 2007, Wallons et Flamands indépendantistes républicains de la gauche alternative anticapitaliste, et antilibérale se sont rencontrés à Thuin, voici leur déclaration commune en guise de message à leur  deux nations à l'occasion du 27 septembre.

LA BELGIQUE, OBSTACLE POUR UNE COOPERATION FLAMANDO/WALLONNE

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DECLARATION  COMMUNE

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Il existe en Belgique l’opinion très répandue mais également très erronée : que le problème belge se réduirait à un conflit ethnique, basé sur la haine, des préjugés et l’égoïsme. De cela, on déduit que les mouvements flamands et wallons sont par nature antithétiques. Selon nous, il ne s’agit non pas de mouvements à réflexes réactionnaires, mais, au contraire, de mouvements qui sont (ou qui devraient être) essentiellement émancipatoires, et qui devraient donc en premier lieu chercher de l’entente entre eux-mêmes au sein de la gauche. Cependant, il est vrai que la droite  est dominante dans le mouvement flamand, contrairement à ce qui est la cas dans le reste du monde – du Québec au Kurdistan, en passant par l’Écosse et le Pays Basque. Bien que cela ai ses raisons historiques, ce n’est pas une loi immuable car tant le mouvement flamand que le mouvement wallon  défendent l’autogestion et se tournent non seulement contre un état, mais surtout contre un système politique capitaliste et une élite ultra libérale. Il est dommage que leur contacts se soient effrités ; il s’agit d’une évolution dont les deux camps sont coresponsables . Mais ce n’est pas irrémédiable ; nos intérêts communs nous imposent aujourd’hui de rectifier cette situation

On ne peut nier le fait qu’il est de nos jours bon ton dans beaucoup de cercles progressistes de défendre  le régime belge actuel, aussi du côte francophone bien que le mouvement wallon s’est prouvé presque immunisée de la tentation de l’extrême-droite. On est d’avis que cette situation est néfaste pour la gauche – tant la gauche traditionnelle (sp.a, PS, les verts) que la gauche radicale – car elle risque de râter un train important  et qu’elle est contrainte par une alliance  contre nature avec un belgicanisme conservateur et de droite.

La crise gouvernementale que l’on vit  en ce moment montre de plus en plus que le modèle fédéral, crée depuis les années’60 et ’70 par l’ancienne élite belge afin de neutraliser les forces autonomistes flamandes et wallonnes, manque de stabilité. . En s’intégrant dans un système économique transnational, la base sur laquelle l’ancienne bourgeoisie belge, qui était le garant de l’unité du pays tout comme ce pays était l’instrument de ces intérêts, pouvait se présenter comme défenseur des intérêts nationaux s’est effondré. Cette élite est en train de disparaitre, et il n’est qu’une question de temps avant que la Belgique suive.  Les forces conservatrices – flamandes ét francophones – l’ont bien compris.

On voit que du côte flamand, la droite envisage une Flandre libérale, prêt à laisser tomber  la protection des flamands bruxellois contre la  suprématie et la haine presque raciale type FDF. Souvent est peint l’image de la Wallonie comme intrinsèquement paresseuse et parasite (car trop à gauche), le contraire d’une Flandre travailleuse car de droite. Avec ça, on cache le fait que le déclin de l’économie wallonne depuis la deuxième moitié du 20ième siècle est avant tout le résultat du refus de la haute finance (« Bruxelles » comme on dit souvent) d’investir dans le renouvellement de l’économie d’une région dont elle a volé les richesses pendant plus d’un siècle. Elle cache aussi l’insécurité de la prospérité de cette Flandre – une prospérité aussi relative que son Independence future.

De l’autre côté, bien que le belgicanisme y est encore le mot d’ordre, on ne peut que remarquer de plus en plus un discours prônant « l’unité des francophones » et cela dans tout les partis. Même Ecolo, qui, il y a dix ans, refusait d’établir une section locale à Rhode-Saint-Genèse par loyauté envers Agalev, en souffre. Est-ce autre chose que la préparation d’un scénario « Wallobrux », qui, certes, aujourd’hui est surtout une menace vis-à-vis  des séparatistes flamands mais qui n’en est pas moins le projet envisagé en cas d’une scission ?

Dans les deux cas, on nous prépare pour une « Belgique-bis », qui ne changera grand-chose pour le citoyen ordinaire.

En somme, le conflit actuel qu’on présente si souvent comme un conflit entre flamands et wallons est avant tout un conflit entre deux visions générales sur l’avenir de la Belgique. D’un côté, on retrouve un belgicanisme, souvent sous le masque de progressisme, parfois unitariste mais plus souvent sous forme d’une glorification du fédéralisme actuel ; de l’autre côté, on nous propose deux ou trois Belgiques-en-miniature.

La gauche alternative indépendantiste et républicaine,  anticapitaliste et antilibérale doit faire un choix. Va-t-elle donc donner à la droite le privilège de construire  la post-Belgique ? Selon nous, il est indispensable que cette gauche qui est la nôtre, offre une alternative : un projet anti-belge radical. C’est dans ce projet que flamands et wallons devront et pourront se retrouver, et non pas dans un état qui a toujours été l’instrument d’une élite capitaliste  qui méprise les deux mais qui, comme écrivait le communiste flamand et flamingant Jef Van Extergem il y a presque 70 ans, monte néanmoins les uns contre les autres. Ensemble, ils devront s’efforcer d’établir une République Flamande et une république Wallonne, au service de chaque citoyen et hors d’un fédéralisme absurde qui ne sert que les intérêts de quelques-uns. Ces républiques devront être sociales et progressistes – et, libérées du carcan belge-, elles pourront l’être. Ces deux républiques souveraines devront bâtir ensemble une Europe politique et sociale – mais à l’inverse  de l’U.E. actuelle, qui est surtout synonyme d’érosion du système social et surtout, sans  contrôle démocratique. La Wallonie et la Flandre ne gagneront pas  leur indépendance aux dépens l’une de  l’autre, mais bien  au dépens de la Belgique.

La gauche doit renouveller son ancrage populaire en lien avec l’aspiration d’émancipation des peuples flamands et  wallons, et le mouvement flamand doit surtout renouveller son lien avec le mouvement wallon et vice-versa, car la structure belge forme un obstacle. Car,  ni pour la cause de la gauche,  ni pour le mouvement flamand,  ni pour le mouvement wallon on ne  trouve pas d’avenir durable en continuant à se considérer des adversaires systématiques. Oui, si on peut le dire avec ce proverbe tant abusé : l’union fait la force ! Et plus cette union sera populaire et progressiste, et plus elle sera forte.

L’entente de gauche est simple nous direz-vous, mais que pensez-vous du passif institutionnel Belge ?

V-SB et RPW sont très clair est affirment ensemble les principes institutionnels suivants :

-          Bruxelles, capitale européenne, ville devenue multiculturelle de près d’un million d’habitants ne peux plus être revendiquée par qui que ce soit,  sur sa seule base linguistique, lors du divorce, comme une vieille dame respectable, il lui sera demandé de se positionner vers l’un ou l’autre des deux nouveaux états, où si elle veut naviguer seule sur la vague du capitalisme mondial et international (sur base de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes), les populations des cantons de l’Est auront aussi à se prononcer sur leur propre devenir, toujours en  vertu du même principe. Lors du débat interne à Bruxelles, les signataires de cette déclaration commune jouiront dans le débat post-belgique  de leur totale liberté de revendication institutionnelle pour Bruxelles.

-          Toutes le autres communes dites « à facilités » sont et resteront dans le giron de l’Etat où elles sont actuellement, ce qui implique que la périphérie bruxelloise restera flamande, là où des francophones aisés sont allés s’installer dans le but premier d’échapper à une fiscalité qu’ils jugeaient trop lourde, en agissant ainsi au moment de leur implantation, ils savaient les risques encourus, ils leur reste à les assumer. Dès lors, pour nous … OUI on peut scinder le fameux BHV  et cette problématique concerne essentiellement l’Etat Flamand. Nous estimons d’ailleurs que par effet d’entraînement consensuel la protection des minorités dans le double cadre des droits fondamentaux européens et du consensus retrouvé faciliteront la mise en œuvre démocratique de ces droits.

-          Pour les Fourons, vu le caractère historique des liens qui existent de facto entre les Fourons et la région liègeoise d'une part, et le fait que le néerlandais y joue un rôle important d'autre part,  il est clair, pour les deux partis que seule, une solution négociée démocratiquement et sans  à priori sera organisée afin de régler le contentieux de manière respectueuse des intérêts de tous.

             Thuin le 23 septembre 2007

            POUR V-SB                                            POUR LE RPW

Vlaams -  Socialistische Beweging         Rassemblement Populaire Wallon

Erwin   VANHORENBEECK                         Pierre DUTRON

Johan   DE  NYS                                           Christelle ADANT

Martijn CIELEN                                            Jean-Marie BORGNIET

(signatures sur l’original)

00:13 Écrit par chris dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Le texte comme pétition! Signéz la déclaration commune du RPW et VSB ici ! => http://www.lapetition.be/petition.php?petid=678

Écrit par : Henry Wilder | 25/09/2007

Merci Henry Je fais passer l'adresse de la pétition, merci pour ta belle initiative, VIVE LA LIBERTE

Écrit par : pierre dutron | 25/09/2007

Nous sommes dans une démarche parallèle Oui, nous sommes dans une démarche parallèlle : vous, en Belgique où la crise institutionnelle actuelle peut avoir le mérite de clarifier la situation et cette déclaration Flamando-Wallonne y contribue ;
nous, en France, ou la Gauche, la vraie Gauche est aussi à reconstruite. Je vous joins un texte que j'ai publié sur ce débat.
Il est un peu long mais, si nous voulons être clairs, il faut aller au fond des choses.

Être de Gauche aujourd’hui.


Refonder la gauche, une nécessité ? Oui, mais comment et sur quelles bases ?

Chers camarades,

J’ai milité 32 ans au PS et je l’ai quitté en 2005 après avoir mené campagne pour le NON au TCE. J’étais alors secrétaire de section à Cousolre.

Pourquoi ? Parce que j’ai fait l’analyse que le PS avait définitivement choisi le camp libéral alors que j’ai été et je demeure anticapitaliste.
Que, ce faisant, le PS a déserté le terrain de la lutte idéologique.
Que ce PS là n’était plus susceptible d’évolution ne serait-ce que de par sa sociologique : 1/3 d’élus et 1/3 d’adhérents qui bossent pour des élus, cela fait 2/3 de ce Parti qui doivent leur situation au Parti, qui sont, en quelque sorte des beefsteackards ou, à tout le moins des hommes et des femmes qui n’ont plus toute leur liberté.
Nous sommes bien placés, dans le Nord, sous la coupe du tandem Mauroy – Derosier pour savoir ce qu’il arrive à ceux qui osent s’opposer !!

C’est dire que je partage beaucoup de ce que dit l’ami Faustin que je ne connais pas.
Je n’ai toutefois pas certaines de ses interrogations ! J’ai les réponses même si ce ne sont que les miennes …

- Le PS à Gauche ? Certainement pas et ceux qui y restent encore par ce qu’on appelle le « patriotisme de Parti » devraient s’interroger sur eux-mêmes : il n’y a parfois pas loin du compromis à la compromission et de la compromission à la collaboration (de classe évidemment).
- Fabius, Emmanuelli, Mélenchon, Lienemann, pas audibles ? Evidemment ! Fabius n’a jamais été de gauche, il n’a jamais eu que des postures justifiées par ce qu’il croyait être son intérêt de carrière.
Les trois autres sont élus (député, sénateur ou député Européen) et savent jusqu’où ils peuvent aller trop loin pour conserver leur « place ». Quant à Lienemann, quand on connaît son parcours !! On peut tirer l’échelle !

Plus fondamentalement, il me semble manquer quelques points à l’analyse de Faustin que je trouve trop gentil par moment :

Le PS peut-il revenir au pouvoir ? Serait-ce une victoire de la gauche ?
Ce sont deux questions tout à fait différentes.
La première c’est qu’après la série de défaites qu’il a connues au cours des dernières années et qui ont montré à quel point il s’était coupé d’une bonne partie des classes populaires, le Parti socialiste sera-t-il un jour capable de reconquérir le pouvoir? C’est assez probable.
Il pourra gagner les élections quand les ravages du sarkozysme auront mobilisé de nombreuses forces sociales contre la droite gouvernementale mais, ce sera un vote contre la droite et pas pour la gauche. On ne peut pas savoir combien de temps cela prendra, mais cela se produira tôt ou tard.
Mais il y a une deuxième question qui est trop souvent refoulée : si le Parti socialiste parvient à gagner les élections futures, pourra-t-on vraiment dire que c’est la gauche qui sera revenue au pouvoir ? Etant donné ce qu’on lit, ce qu’on entend et ce qu’on voit en ce moment, la réponse est non.
C’est d’autant plus vrai que c’est l’abandon de ses valeurs par le PS qui a permis la victoire de Sarkosy
Le PS a laissé la droite imposer un nouveau discours dominant
Tout d’abord, on a beaucoup dit que la droite avait gagné parce qu’elle avait conquis l’hégémonie idéologique, et l’on fait alors presque toujours une référence vague et imprécise à Gramsci (suivant en cela Sarkozy lui-même). Mais une fois que l’on a dit "hégémonie idéologique", on n’a pas dit grand-chose.
La pensée de Gramsci était tout de même un peu plus sophistiquée sur ce point, et il nous faut, par exemple, analyser de manière détaillée et précise quels éléments de discours ont été mis ensemble par la droite actuelle pour former cette nouvelle configuration idéologique -appelons-la par commodité le sarkozysme- qui, comme le thatchérisme il y a trente ans en Grande-Bretagne, a réussi à s’imposer dans de larges pans des classes populaires.
Il nous faut surtout nous interroger sur une étrange alliance de classes (je sais bien que le mot "classe" n’a plus cours au Parti socialiste, mais pourtant, même si les dirigeants socialistes ne les voient plus, elles n’en continuent pas moins d’exister dans la réalité, sous des formes qui à la fois perdurent et changent), sur une alliance de classes, donc, ou plus exactement sur un "bloc historique" (pour reprendre ici encore le vocabulaire de Gramsci), et sur les conditions historiques et les modalités concrètes de sa mise en place.
Elle rassemble la haute bourgeoisie d’affaires, avec laquelle Sarkozy affiche chaque jour sa proximité, et certaines des couches populaires les plus précarisées ou les plus désespérées, dont une partie donnait auparavant ses suffrages au Front national.
Le Parti socialiste porte une lourde responsabilité dans la possibilité et la facilité même qu’a eue la droite de fabriquer un nouveau discours dominant qui a reçu l’assentiment des classes populaires, puisqu’il a participé et collaboré à l’installation de ces nouvelles thématiques.
Rappelons-nous comment ceux qui ont essayé, au cours des vingt dernières années, de maintenir vivante une pensée de gauche -je pense notamment à Pierre Bourdieu- ont été littéralement insultés par les responsables du PS, toutes tendances confondues, tout comme l’ont été les mouvements sociaux, quand ils n’ont pas été tout simplement matraqués: comités de chômeurs réprimés par le gouvernement Jospin, manifestations d’enseignants diffamées par son ministre de l’Education, mobilisations pour la reconnaissance de l’homoparentalité –et donc des personnes qui vivent ces situations –injuriées par nombre de hiérarques de la gauche officielle, à commencer par Madame Royal, qui y voyait une "provocation contre les valeurs religieuses et familiales de la France" et qui stigmatisait le mouvement gay et lesbien comme porteur d’un "communautarisme" (mot qui a pour principale fonction de stigmatiser toute affirmation minoritaire) homosexuel qu’elle comparait à celui des riches incarné par le Medef...
Je n’invente rien, je me contente de citer leurs déclarations !
Pendant la campagne, des problèmes de droite posés d'une manière de droite
La droite a gagné la bataille des idées parce que le PS l’a aidé dans cette tâche, en travaillant depuis tant d’années à défaire et discréditer tout ce qui peut constituer un regard de gauche sur le monde social.
La campagne électorale socialiste a confirmé tout cela jusqu’à la caricature, puisqu’elle a consisté à poser des problèmes de droite et à les poser d’une manière de droite (la valeur-travail, la valeur-famille, la valeur-nation et la valeur-drapeau, sans oublier l’autorité, l’ordre et l’entreprise... et tous ces thèmes inlassablement liés les uns aux autres, tissés dans une même trame, ce qui renforçait encore le caractère réactionnaire de chacun d’eux).
Je vous laisse le soin d’imaginer ce que qu’aurait pu être, à l’inverse, une campagne construite autour de thèmes de gauche et d’une manière de gauche de poser des questions. J’en ai mené une, sans grands moyens mais c’était celle de José Bové !! Et, je fus candidat aux législatives sous l’étiquette « Gauche alternative 2007.
Il va de soi que, dès lors que l’on a cédé sur l’essentiel, à savoir sur les questions dignes d’être soulevées et sur la manière de les soulever, une fois que l’on a délibérément choisi de s’inscrire dans le cadre des problématiques qui sont celles de la droite, que l’on se déplace pour se situer sur le terrain de celle-ci, ensuite les réponses peuvent bien différer (on peut ajouter un peu de compassionnel et quelques larmes), non seulement ce sont les réponses de la droite qui ont toutes les chances de l’emporter, mais aussi et surtout c’est une perception de droite du monde social qui s'impose.
Ce sont les thématiques de droite, la pensée et l’impensé de la droite, les obsessions de la droite qui ont été acceptés comme délimitant le champ des questions évidentes et nécessairement partagées.
C’est bien cela, l’hégémonie idéologique, n’est-ce pas ? Et l’on sait que les manières de percevoir le monde et de le décrire –ce qui se présente comme des "constats"- sont aussi des manières de le construire et de le faire être ce qu’il est.
Il est donc paradoxal, soit dit entre parenthèses, de dénoncer comme des traîtres les personnalités du PS ralliées à Sarkozy, puisque cela revient à essayer de faire croire qu’il existerait une frontière qu’ils n’auraient pas dû franchir, alors que ceux qui ont trahi et ceux qui les dénoncent aujourd’hui ont travaillé ensemble à effacer cette frontière.
Ce ne sont pas -ou pas seulement- des parcours individuels déplorables, c’est plutôt l’aboutissement d’une logique politique collective, bien plus déplorable, bien plus grave, parce que plus profonde et plus durable.
Pensée de droite, pensée réactionnaire, pensée de gauche
Pour ne prendre qu’un exemple frappant, dans l’actualité immédiate, de cette hégémonie de la pensée de droite: « Le Monde » écrivait récemment que l’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle déclarait que la gauche avait été jusqu’ici associée au "collectivisme" (il ne s’agissait pas d’économie), c’est-à-dire à l’idée que ce que sont et font les individus serait lié à des "inerties sociales", à des "reproductions sociales", et qu’il serait urgent de rompre avec ces conceptions dépassées pour rendre à l’individu son autonomie et sa responsabilité.
Je ne sais pas qui écrit les discours de Mme Royal, mais ce genre d’idioties n’est que la reproduction de tous les thèmes les plus éculés de la pensée de droite, de la pensée réactionnaire et de sa dénonciation de la pensée de gauche -la haine du "collectivisme", c’est-à-dire de tout ce qui évoque le "socialisme", la sociologie, les sciences sociales...- qui nous sont ressortis aujourd’hui, sous une couche de vernis de modernisation de la gauche, par les think tanks néoconservateurs qui fournissent au Parti socialiste ses outils idéologiques.
Comment réfléchir à une politique effective de démocratisation du système scolaire, si l’on pense que cela ne relève que des responsabilités individuelles et non pas, précisément, d’une reproduction dans et par le système scolaire des inégalités sociales?
Comment comprendre la relégation et l’exclusion par le système scolaire des enfants des classes populaires, si l’on imagine qu’il s’agit là simplement d’une conséquence de leur mauvaise volonté ou de leur absence d’efforts, ou d’une démission des parents et des enseignants?
Et, dans la même logique, comment accepter, comment supporter la dénonciation honteuse, déshonorante pour toute personne qui se dit de gauche, de "l’assistanat" (dénonciation qui figurait sur la profession de foi de votre candidate dès le deuxième paragraphe), au nom de la responsabilité individuelle qui veut qu'en échange de droits, il faudrait se plier à un ensemble de devoirs et de contreparties imposées.
Cette contractualisation et cette individualisation du droit du travail et de la protection sociale est le vecteur d’un démantèlement de l’Etat-Providence et des politiques redistributives qui sont l’héritage des luttes sociales du siècle écoulé, et particulièrement des conquêtes de l’après-guerre.
La gauche envahie par le discours néoconservateur
Tout un prêchi-prêcha néo-chrétien prospère aujourd’hui dans les "élites" socialistes sur les exclus et la solidarité -qualifiée d’"active" en opposition à celle qui serait "passive", ce qui n’est qu’une déclinaison de gauche de la vieille dénonciation réactionnaire de la paresse des chômeurs et des assistés, comme de l’immoralité des pauvres, la solidarité ne devant plus s’accomplir que sous la condition de contreparties qui sont autant d’injonctions faites aux victimes de la précarisation de manifester, comme le voulaient déjà les philanthropes du XIXe siècle, leur bonne volonté et leur bonne moralité
On comprend pourquoi tout ce discours et la vision du monde qui le commande risquent de déboucher bien vite, si le PS revient au pouvoir, sur des mesures politiques répressives à l’encontre de ceux qui ne sauront pas ou ne pourront pas se plier à ces injonctions et à une transformation, comme cela semble être le rêve déjà d’une certaine gauche, de l’Etat social en Etat pénal pour ne pas dire en Etat carcéral.
Ce discours néoconservateur ne parle que de rétablir du "lien social", donner des "repères" et du "sens" - autant d’expressions qui n’ont, si on essaie de leur donner un contenu, à peu près aucun sens.
Qu’est-ce que cela veut dire "donner du sens", si ce n’est imposer des significations et des contraintes aux existences et à l’expérience vécue de tous ceux que ces nouveaux "repères" auront pour fonction de contrôler, normaliser, neutraliser?
Qu’est-ce que cela veut-dire "créer du lien social", si ce n’est l’effet d’une conception atomistisée du monde social qu’il s’agit de faire prévaloir contre le "collectivisme" et contre l’analyse des pesanteurs de l’histoire et des déterminations sociales- tenter de faire disparaître à peu près totalement du discours socialiste toutes les autres expressions qui pourraient contenir le mot "social": je ne parle même pas de classes sociales -devenu une expression tabou-, mais de luttes sociales, de mouvements sociaux, ou tout simplement d’appartenances sociales, d’ancrages sociaux et donc d’inévitables conflictualités sociales.
Etre de gauche, me semble-t-il, c’est se situer du côté du conflit, c’est accompagner les mouvements et les revendications, et non les dénoncer au nom du "vivre-ensemble", du "faire société" ou du "faire nation" et autres vieilleries personnalistes que presque tous les journaux de gauche s’acharnent à nous faire accepter comme les principes fondateurs d’une "modernisation de la pensée de gauche".
Il nous faut nous défaire de l’idéologie réactionnaire du "vivre ensemble", toujours porteuse de régression sociale et d’immobilisme culturel et toujours teintée, bien sûr, à la fois de nationalisme et de rejet de la différence et de la dissidence (songez à l’homophobie militante de ceux qui aiment à nous vanter les vertus du "monde commun" et des "valeurs communes").
En fait, "vivre ensemble", c’est le programme de Sarkozy, dans lequel, comme je l’ai dit, la haute bourgeoisie et les déshérités devraient cohabiter dans l’heureuse harmonie des valeurs partagées: ordre et travail, nation et sécurité.
Un projet politique dont l’objectif premier est d’obtenir la soumission de tous aux lois de l’économie et la docilité des classes populaires et de tous ceux qui pourraient être amenés à résister aux nouvelles formes de domination. Je viens de dire: le programme de Sarkozy, mais j’aurais pu également nommer d’autres hommes de droite, de moindre envergure, qui partagent son projet, par exemple Manuel Valls.
Le bon "individu" et le mauvais "individu", vus par le Parti socialiste
Il est en effet édifiant que les mêmes qui n’ont que le mot "individu" à la bouche contre toute la pensée de gauche, qui tend à expliquer que l’individu n’est pas un isolat social, mais toujours inséré dans un monde social, les mêmes donc qui veulent qu’on retrouve une pensée de l’individu contre le collectif soient toujours les premiers, dès qu’un mouvement apparaît, dès qu’une revendication se fait jour dans l’espace public pour contrecarrer, précisément, la force des inerties sociales et les mécanismes de la reproduction, à se précipiter pour dénoncer en chœur –un choeur où les voix de la gauche conservatrice se mêlent à celles de la droite réactionnaire- "les méfaits" ou les "dérives" de "l’individualisme contemporain" (le principal de ces méfaits étant à leurs yeux que tout le monde désormais s’imagine pouvoir défendre ses droits ou en demander de nouveaux).
Ces usages à géométrie variable de la notion d’individu ou de celle d’individualisme -qu’il convient tantôt de réhabiliter, tantôt de dénoncer- ne sont pourtant pas aussi contradictoires qu’il y paraît: ils se déploient en réalité sur l’horizon d’une cohérence idéologique très profonde et très profondément marquée par une logique de droite.
Car cela signifie qu’il y aurait d’un côté le bon individu (et donc le bon individualisme): celui qui accepte des devoirs et des contraintes en échange de ses droits, et surtout qui se tait et fait ce qu’on lui dit de faire, et de l’autre, le mauvais individu (et le mauvais individualisme), celui qui entreprend de défendre ses droits ou d’en revendiquer de nouveaux, c’est-à-dire ce qu’autrefois on appelait les mouvements, les mobilisations, les luttes, bref, ce qu’on appelait la gauche.
Ce qui est pourfendu comme "l’individualisme contemporain", c’est ce qui devrait constituer la définition même de la gauche et de ce qui la fait vivre (et la renouvelle en permanence, par l’émergence de nouveaux mouvements, de nouvelles revendications). Oui, "l’individualisme contemporain", c’est un autre mot pour désigner la gauche, mais c’est un mot péjoratif, un mot de stigmatisation de la gauche, de son héritage et de sa force présente et à venir... Il est donc assez lamentable que ce vocable péjoratif, que ce vocable réactionnaire puisse prospérer comme c’est si massivement le cas dans les discours du Parti socialiste aujourd’hui.
Le retour du PS au pouvoir risque de signifier une défaite de la gauche
Tout ceci me porte à penser que le Parti socialiste ne sera probablement pas incapable de reconquérir le pouvoir, mais que la reconquête du pouvoir par le parti socialiste risque de signifier -sur le modèle de Tony Blair succédant à Margaret Thatcher– une nouvelle et profonde défaite de la gauche.
Au mieux, les partis viennent après, pour reprendre ce qui s’est inventé ailleurs -on l’a vu récemment avec tout ce qui s’est produit autour du mouvement gay et lesbien, que le PS a d’abord combattu avant d’en reprendre certaines revendications, et d’accepter avec beaucoup de retard le renouvellement progressiste de l’idée même du couple, de la famille, du droit, de la vie sociale que ces revendications emportaient avec elles.
Il est urgent de récuser l’opposition dans laquelle on essaie de nous enfermer entre une gauche radicale soutenant les mouvements sociaux et une gauche gouvernementale préoccupée de la "réforme". Car la question qui se pose n’est pas de savoir s’il faut réformer ou pas, mais quelles sont les réformes souhaitables et possibles, et aussi qui les propose, qui les définit, qui a droit à la parole... Et les mouvements sociaux sont les lieux où peuvent s’élaborer des propositions de réformes souhaitables et possibles, qu’il incomberait à un gouvernement de gauche de réaliser concrètement.
Je suis toujours amusé quand j’entends ceux qui s’en prennent aux "archaïsmes" d’une gauche radicale qui refuserait "la réforme" (quand elle refuse telle ou telle réforme, considérée comme destructrice d’acquis sociaux), car ce sont souvent les mêmes (les mêmes responsables politiques, les mêmes cénacles idéologiques, les mêmes revues, les mêmes éditorialistes...) qui ont hurlé hier, au nom de la tradition indépassable, du passé immémorial, etc., contre la réforme que représentait le Pacs, et qui hurlent aujourd’hui contre les réformes capitales que représenteraient l’ouverture du droit au mariage aux couples de même sexe et la reconnaissance juridique égalitaire de l’homoparentalité ou d’autres arrangements familiaux.


Être de Gauche aujourd’hui, c’est quoi ?
Être de Gauche, aujourd’hui encore, c’est: (je parle ici de la Gauche Alternative, le mouvement auquel j’appartiens mais dont je souhaite qu’il fédère un jour la gauche de transformation sociale)

- être du côté du conflit,
- être du côté de ceux qui souffrent,

- être du côté de la défense des droits chèrement acquis,
- être de ceux qui accompagnent les mouvements et les revendications et non de ceux qui les répriment,
- être de ceux qui recherchent une traduction politique juste à ces mouvements, revendications et conflits,

- être de ceux qui sont conscients des ancrages sociaux et des appartenances sociales,
- être, même, de ceux qui savent qu’il existe des conflits sociaux internes au sein de la même classe, au sein d’une même entreprise, au sein d’une même collectivité, et qui recherchent les voies et moyens de les dépasser,
- être de deux qui refusent de mettre ces réalités au placard sous prétexte du « vivre-ensemble », du « faire-société », ou du « faire-nation »,

- c’est se débarrasser de cette vision atomisée du monde et de ces vieilles lunes personnalistes,


- c’est refuser ces discours réactionnaires sur « la paresse des chômeurs », sur ce nouvel « individualisme contemporain » que tous les journaux dits « de Gauche » nous serinent à satiété comme points de passage obligés vers une soi-disant modernisation de la gauche qui ne sera jamais qu’un retour au XIX ème siècle en ce début de XXI ème !!,

Notre tâche aujourd’hui, c’est, puisque la « vieille gauche » a failli :

- de reprendre et d’amplifier la lutte idéologique,

- de savoir - à cet égard les deux campagnes passées furent instructives- que l’unité de la Gauche de Transformation sociale ne passera pas par des accords d’appareils,


- que les partis, même ceux qui se situent à la gauche du PS sont tout sauf des lieux où l’on réfléchit, on y pense d’abord « boutique »,

- Que nous ne devons donc pas devenir un Parti de plus,
- Que notre intuition de départ qui nous a conduit à créer un mouvement qui accepte le débat, la double appartenance tout en refusant la naïveté et l’entrisme était la bonne,

- Que nous devons développer ce mouvement en sachant que nous sommes loin d’être seuls, que des forces qui pensent et agissent comme nous existent dans le mouvement syndical, associatif, écologique et altermondialiste,


- Que, malgré notre jeunesse et notre faiblesse actuelle, nous devons rechercher des liens, des soutiens ou des alliances à l’international,

Si vous souhaitez approfondir ces sujets et, comme nous avons commencé par l’idéologie, nous proposons cette grille qui pourrait être mise en débat.

Après lecture, chacun pourra constater qu’elle comporte 23 points, deux de plus que les conditions de Lénine à Tours ; ce n’est pas une surenchère transhistorique mais il nous semble que toute alliance, avec toute force que ce soit ne devrait pouvoir se faire que si cette force accepte ces définitions et les fait siennes sauf à proposer mieux que nous nous engagerions à examiner et à faite nôtre le cas échéant.

Pour que vive le débat !

Guy Dutron
Militant Gauche Alternative
Collectif Sambre-Avesnois
Militant SUD-CNP
52B rue des Courtils
59330 HAUTMONT
guy.dutron@orange.fr
20-09-2007z





















Écrit par : Guy Dutron | 25/09/2007

SALUT ET FRATERNITE GRAND FRERE Ton texte mérite mieux que de rester dans les commentaires où l'on ne va pas forcément le voir, comme je te l'ai dis par nos signaux indiens, après la semaine de la fête de Wallonie, ce 27 septembre, je mettrai "Refonder la Gauche" en article principal comme contribution française à notre souci internationaliste.

Écrit par : pierre dutron | 25/09/2007

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